SĂ©questrĂ©e dans les combles, Bertha entretient lâespoir de revoir son fils et tient un journal quâelle lui destine, tissĂ© de souvenirs. Nous sommes Ă la JamaĂŻque en 1831 et son pĂšre donne un bal. Il y convie la famille Rochester et Edward tombe sous le charme de la jeune fille de la maison. Il fait sa cour, lâĂ©pouse et la ramĂšne en Angleterre, asseyant dĂ©jĂ son pouvoir en la dĂ©possĂ©dant de son prĂ©nom dâAntoinette pour un Bertha moins crĂ©ole et plus convenable. Pour la jeune femme, les brumes se substituent alors Ă la lumiĂšreâŠ
Jane Eyre, chef dâĆuvre de Charlotte BrontĂ«, offre Ă Lilia Hassaine lâopportunitĂ© de ressusciter ses personnages en Ă©pousant le point de vue de son hĂ©roĂŻne et dâaborder au moyen de la fiction la thĂ©matique trĂšs actuelle de lâemprise conjugale. Seul maĂźtre sous son toit, lâhomme tisse sa toile, jouant sur les faiblesses avec duplicitĂ© et resserre sa domination avec une correction toujours parfaite sous lâĆil dâune sociĂ©tĂ© patriarcale et corsetĂ©e. On se laisse porter par cette histoire romanesque aux accents victoriens et aux hĂ©ros tragiques oĂč passĂ© et prĂ©sent se contaminent. CrĂ©atif et intelligent, le rĂ©cit est servi par une Ă©criture expressive aux phrases amples, qui vagabondent pour magnifier la lumiĂšre caribĂ©enne. Lilia Hassaine restitue Ă lâhĂ©roĂŻne diabolisĂ©e sa juste humanitĂ© et en fait un beau roman. (Maje)
