Une vieille femme assise devant sa maison : elle attend, un fusil chargé sur les genoux. Elle se souvient. Saint-Nazaire, les Chantiers, une petite enfance compliquée dans une famille monoparentale nombreuse. Les pères ont fui : elle refuse de porter le prénom que le sien avait choisi pour elle. Elle se fait appeler Jo, comme la fille libre et artiste du docteur March ; plus tard, ce sera Odessa. Jo et son grand frère Sasha partagent un ami imaginaire : Elvis Presley. Sasha est aussi talentueux sur le ring que le crayon en main : il boxe, il dessine et il écrit des poèmes. Protecteur, il aide Jo à garder le contrôle quand elle « entend des voix ».
Les lecteurs de Mississippi (2023) retrouveront Odessa. Ils retrouveront surtout Sophie G. Lucas et son écriture signature si particulière. Son usage original des parenthèses pour personnifier les dialogues au milieu du flux de conscience de la narratrice. Sa réhabilitation du point virgule injustement négligé ! Les croquis d’arbres qui jalonnent le texte sont attribués à Sasha mais ils sont l’œuvre de Géraldine L. Guillot, sœur disparue de l’auteure. L’intime et le social se percutent dans ce portrait familial fragmenté où se mêlent rudesse du quotidien, engagement politique, et sensibilité poétique. De Jo à Odessa, avec puis sans Sasha, de la Loire au Mississippi : une quête de liberté individuelle confrontée au dérèglement climatique, à la disparition des oiseaux. L’art, la musique, la poésie et l’écriture pour combler cette extinction. C’est l’espoir et la bataille d’Odessa, Odessa des oiseaux. (T.R. et I.J.)
