Alma revient dans sa ville natale (jamais nommée mais c’est, à l’évidence, Trieste) pour y recueillir l’héritage inattendu de son père. Loin, elle a pu se construire, fuir ses racines et celles de son père, homme séduisant refusant tout culte du passé, être insaisissable aux activités incertaines auprès du maréchal Tito. Et fuir aussi Vili son compagnon d’enfance, fils d’intellectuels de Belgrade opposés au redoutable dictateur communiste : par sécurité, ils confient leur garçon à la famille d’Alma.
Le fond historique, la géographie mouvante des Balkans, les déplacements de populations, la tragédie des conflits meurtriers et les nouvelles configurations politiques réaménagées après la mort de Tito, en 1976, méritent une lecture attentive. Dans l’ombre de la grande Histoire s’édifie l’histoire affective tumultueuse, ardente et exigeante d’Alma, journaliste, et de Vili, photographe, témoins des événements politiques de leurs pays. Les questions d’identité sont débattues : se connaître en s’aidant des souvenirs personnels et familiaux, se situer dans une actualité tragique. Ce roman dense un peu déroutant à son début – le temps de s’acclimater aux multiples intérêts de son contenu – s’éclaire ensuite, dévoile ses secrets. L’écriture sensible et grave accompagne la grande et séduisante richesse de cette lecture. (A.C. et B.T.)
