Brèves de solitude

GERMAIN Sylvie

Premier temps de pandémie dû au Covid, arrêt sur image ; dans un square, des personnes de toutes générations flânent, se croisent, s’adonnent à l’observation des autres, se moquent de leur apparence. Puis le confinement arrive et change les habitudes ; chacun est assigné à résidence et doit réorganiser sa vie. Éclairée par une lune énorme et éclatante, la caméra se déplace.

La « chineuse d’instants présents » – jolie formule d’un journaliste – est de retour, œil affûté et plume incisive. Dans de petites histoires courtes, elle dresse les portraits d’un ensemble de personnages qui composent la société d’aujourd’hui et s’interroge sur les effets de la relégation très brutale qui les contraint au huis clos. La première partie, assez courte, glisse sur les apparences, la curiosité qu’on a de l’autre, celle qu’on donne, les préjugés culturels, les clichés. Dans la seconde, Sylvie Germain (Le vent reprend ses tours, Les Notes mai 2019) change de focale, revient sur chacun, creuse, autopsie l’intime, à l’os. Ce récit singulier, irrigué de références poétiques et culturelles sonde la douleur de la solitude morale, le face-à-face avec soi. Les situations et les dialogues intérieurs de ces hommes, femmes, adolescents placés sous contrainte sont percutants, sans complaisance. (R.C.G. et V.A.)