Dernier bateau pour Tanger

BARRY Kevin

Il fait nuit. Deux vieux gangsters irlandais sont assis sur un banc dans le port d’AlgĂ©siras, au terminal des ferries de Tanger. Ils guettent Dilly, la fille de l’un d’eux, disparue depuis trois ans. Elle reviendrait peut-ĂȘtre du Maroc avec une bande de hippies Ă  chiens. Ces anciens malfrats au cƓur tendre s’épanchent entre deux whiskeys sur leurs souvenirs communs. La fugue de Dilly s’explique peu Ă  peu.

Kevin Barry (L’Ɠuf de Lennon, Les Notes janvier 2017) manie avec lĂ©gĂšretĂ© un humour noir qui fait merveille dans ce rĂ©cit oĂč le « dĂ©sespoir criminel » se mĂȘle Ă  l’amour. Il se joue des situations les plus graves – trahisons, drogue, forfaits
 – et les transforme avec son talent de conteur en petites histoires aussi drĂŽles qu’excessives. Sous la dĂ©sinvolture de confidences naĂŻves et de dialogues savoureux, parfois crus, se cache cette philosophie de l’existence, quand, face Ă  la fatalitĂ©, il ne reste plus que le remord des fautes et le regret d’amours anciennes. De jolis passages, de la poĂ©sie et des portraits pittoresques, accompagnent le temps qui passe, entre Irlande et Espagne, le temps de la vie et de la mort, celui d’aujourd’hui avec sa lumiĂšre changeante qui sombre dans la nuit au port d’AlgĂ©siras. Original, profond et attachant. (V.M. et M.Bo.)