Très brève théorie de l’enfer

FERRARI Jérôme

Il est enseignant en Corse, et prêt à tout pour changer de pays, d’atmosphère, d’amis, de collègues. Il se débrouille pour être nommé en Algérie où il rencontre Nardjess. Pour elle il se convertit à l’islam, mais cela ne lui suffit pas. Abu-Dhabi, cette ville tentaculaire, le fascine ; il y part avec sa femme et sa fille. Kaveesha garde la fillette de cinq ans. Elle a quitté le Sri Lanka pour gagner sa vie et nourrir son fils resté au pays. Ces deux mondes se côtoient, peuvent-ils se rencontrer ?

Dans ce court roman, Jérôme Ferrari explore deux formes d’exil, l’un choisi, l’autre subi. L’obsession de l’ailleurs, telle que décrite en premier par le narrateur, lui vient d’un « grand vent » de fantaisie qui souffle en lui et que rien ne satisfait. Même l’amour. Le second texte est un récit. Il raconte l’émigration d’une jeune veuve qui a suivi le flot traditionnel des travailleurs pauvres de son pays vers la péninsule arabique. Les deux modes de narration font plonger au plus profond des aléas de l’existence et de son imprévisibilité. Deux dynamiques complexes s’expriment dans de longues phrases superbement construites et d’une pureté quasi poétique. S’y mélangent harmonieusement une réflexion profonde sur la condition humaine, le sentiment de culpabilité et le désenchantement, avec malgré tout beaucoup d’humour au énième degré. Un petit bijou. (A.Lec. et B.T.)