Solo

ROCHIER Gilles

Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, un homme s’achĂšte une trompette. Il souffle dedans Ă  longueur de journĂ©e, il ne parle plus. Sa famille ne comprend pas, pas plus que son meilleur ami, Kader. Il s’installe parfois au sommet de son immeuble pour en faire profiter les voisins. En promenade en ville ou en forĂȘt, dans le bus ou le bureau de vote, il souffle et suscite incomprĂ©hension, critiques, agacement. Une parabole pour dire l’impossibilitĂ© de trouver les mots et la difficultĂ© d’exprimer sa souffrance aprĂšs un traumatisme, ici collectif. Le hĂ©ros semble prendre sur lui d’exprimer la dĂ©tresse et la confusion de toute une communautĂ©. L’album est construit sur une suite de saynĂštes absurdes, Ă©mouvantes, drĂŽles, pathĂ©tiques. La place dĂ©licate des Français musulmans aprĂšs les attentats est effleurĂ©e. Le dĂ©cor est celui de la banlieue, avec ses tours et sa population mĂ©langĂ©e. Le dessin en noir, blanc et marron est d’un semi-rĂ©alisme sans fioriture. MĂȘme s’il peut dĂ©router au premier abord, l’album est d’une indĂ©niable force Ă©vocatrice.(M.D.)