On était des loups

COLLETTE Sandrine

Liam a choisi de s’installer en haute montagne, loin des villes. Il part régulièrement dans de longues expéditions pour traquer le gibier et partage cette existence rude avec sa femme Ava et leur fils de cinq ans, Aru. Jusqu’au jour où, de retour de chasse, il découvre, mourante, son épouse qu’un ours vient d’attaquer. En mère aimante, elle a pu sauver leur fils en le couvrant de son corps.

Sandrine Collette (Ces orages-là, Les Notes, février 2021) inscrit l’intrigue de ce nouveau roman noir dans la solitude éprouvante d’une nature souvent hostile qui impose à l’homme un rude combat pour survivre. La chasse n’exclut pas la contemplation de la splendeur du monde. L’œuvre donne à entendre le monologue intérieur d’un jeune veuf qui livre sans filtre, dans un style souvent heurté, ses ressentiments et ses inquiétudes. Marqué par la violence d’un père taiseux, il refuse d’assumer la lourde charge d’élever son fils dans un milieu âpre, loin du monde de ses contemporains qui ne lui inspirent que mépris et méfiance. Quand il entraîne son enfant dans une folle randonnée à cheval, bien décidé à se séparer de lui, l’écriture traduit dans un rythme haletant le crescendo dans l’intensité dramatique tout en dévoilant le dilemme d’un homme acculé face à une paternité non choisie. Loin des envolées lyriques des adorateurs de mère Nature, une très belle méditation sur le pacte difficile mais exaltant avec le monde sauvage, celui des loups avec lesquels père et fils apprennent à « chanter ». Un roman très prenant qui interroge le rapport au monde de l’homme moderne. (A.K. et C.G.)