Il possède une maison de famille à Barfleur, sur la pointe nord du Cotentin, un littoral rongé par la mer. Au mur du salon figure la photo d’un ancêtre, son épouse et trois enfants prise juste avant la Première Guerre mondiale. Il y prête peu d’attention jusqu’au jour où, confiné en raison du Covid, il découvre dans une malle du grenier cinq poèmes en vers libres d’une grande beauté. Seule indication d’origine, les dates de 1929-1930. Qui a pu les écrire ?
Le narrateur ressent soudain une urgence à retrouver ce que furent ces vies décimées par la tuberculose et dont le souvenir risque de disparaître à jamais, comme cette côte que les vagues grignotent irrémédiablement. Il entame de longues marches le long du chemin côtier pour respirer leurs traces. On avance avec lui à travers un chapelet de tourbières et de landes marécageuses, dans un partage lumineux et sensuel, fait de souvenirs autant que de suppositions et d’espérance : et si le poète était son arrière-grand-oncle, ce douanier tatillon ? Ou sa fille, cette jeune institutrice qui sut fréquenter un cercle communiste marqué comme elle par la passion de la littérature – et la maladie ? Christophe Boltanski s’enlise parfois dans des considérations annexes un peu comme certains fleuves s’ensablent dans leur estuaire. Mais la force évocatrice de son écriture, cette richesse précise dépourvue de surcharge inutile, permet de rêver jusqu’au bout. (A.Lec. et B.T.)
