Je change de nom

ANGOT Christine

Christine vit à Châteauroux une enfance heureuse. Elle porte le nom de sa mère, Rachel Schwartz, un patronyme juif, son père biologique, Pierre Angot, ayant refusé de la reconnaître à sa naissance. Rachel arrache de haute lutte pour sa fille adolescente le droit de porter le nom de la famille paternelle et lorsque, à treize ans, elle rencontre pour la première fois son géniteur, c’est très vite une plongée dans l’enfer d’une relation toxique et destructrice.

Dans cette nouvelle autofiction dont le titre annonce une rupture, Christine Angot revient sur son enfance choyée et interroge, en tenant à distance toute émotion, les figures féminines marquantes de sa lignée maternelle. La question du patronyme a été problématique dans une famille qui se singularise par des pères absents, défaillants ou occultés. La loi jusqu’aux années 1970 ne protège guère les enfants naturels dans une société patriarcale soucieuse de défendre l’institution du mariage. Or point de respectabilité ni de normalité sans l’inscription dans une généalogie clairement établie. Quand l’écrivaine tente de rencontrer la famille fondée par son père, elle se heurte à un refus. La divulgation dans un roman de l’inceste qu’elle a subi fait d’elle une paria et, dans une terrible inversion accusatoire, la coupable. La découverte brutale de la déferlante antisémite actuelle conduit l’autrice à officialiser son ultime changement de nom et à renouer avec l’enfant épanouie qu’elle a été. Une analyse des enjeux de la transmission d’un nom d’une rigueur et d’une finesse exemplaires. (A.K. et A.-M.G.)