De guerre ou d’ailleurs

CHEVALIER Séverine

 « Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs / quand c’est d’un ailleurs / aux autres inimaginable / c’est difficile de revenir » Charlotte Delbo, Mesure de nos jours. La citation en exergue nous engouffre dans les tranchĂ©es du livre. Minerve / Lolita B, enfant d’Aigu-les-Mines, a Ă©tĂ© une victime collatĂ©rale de la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© avec sa gloire et sa dĂ©chĂ©ance.

Façon roman noir, la liste d’assassinats que semble vouloir commettre un certain RĂ©mi initie le livre. Cependant, le crime a dĂ©jĂ  eu lieu dans l’enfance de Minerve, qui est devenue Lolita. Elle voyage dans sa vie et porte en elle un traumatisme qui s’est dĂ©roulĂ© dans la cuisine impeccable de ses parents : l’inceste commis par l’oncle RĂ©mi, combinĂ© au vol dans le porte-monnaie de sa mĂšre commis par Minerve. Cette collusion d’images est collĂ©e Ă  sa rĂ©tine de telle sorte que cela devient le refrain d’une culpabilitĂ© constante et une dĂ©prĂ©ciation de soi brute que nous suivons, voyeurs. Minerve ressasse. Le style Ă©pouse sa vie broyĂ©e sous la forme d’énumĂ©rations, de phrases coupĂ©es, de langue publicitaire, de commentaires mĂ©diatiques, de discours savants, de paroles de famille. Afin d’alourdir l’atmosphĂšre du silence, les intitulĂ©s de chapitres reprennent les recherches en ligne autour de Loana, l’hĂ©roĂŻne de l’Ă©mission The loft, aprĂšs sa mort. (I.J. et J.G.)