Chez la Turque

FLAMAND Charles

Roland Magenta est au bout du rouleau : son amie l’a quittĂ©, il n’a plus de travail, il est en fin de droits. En derniĂšre ressource, sa conseillĂšre France Travail lui propose une mystĂ©rieuse mission en Normandie. En gare de Bayeux, le jeune parisien est accueilli par un intendant en uniforme ottoman qui le conduit au ChĂąteau de la VallĂ©e Ă  Sainte-Honorine oĂč la chĂątelaine l’attend. Il arrive en plein enterrement : celui qu’il doit remplacer a Ă©tĂ© dĂ©capitĂ© par une ardoise tombĂ©e de la toiture dĂ©labrĂ©e. La vieille Zora, dite La Turque, lui propose un marchĂ© : devenir son modĂšle vivant (elle peint) et son biographe en Ă©change d’un futur hĂ©ritage (elle se dit mourante).

Un premier roman menĂ© tambour battant dans une atmosphĂšre de comĂ©die loufoque et de conte moderne. La campagne normande sert de cadre idyllique Ă  la confrontation entre rĂ©alitĂ© rurale et imaginaire orientaliste, entre modernitĂ© et mƓurs hors du temps. L’entourage totalement dysfonctionnel de la patriarche ogresque fournit une galerie de personnages grandioses dans leurs excentricitĂ©s respectives. Parmi eux, la fille de Zora en soubrette laideron qui jette son dĂ©volu sur Roland. Le fils, rustre et jaloux, qui gĂšre le domaine extĂ©rieur en « janissaire » plus que garde champĂȘtre. Cette turquerie de bocage glisse parfois vers plus de gravitĂ© et d’ambiguĂŻtĂ© quand pouvoir, emprise, hospitalitĂ© et manipulation s’entremĂȘlent. Un jeune Ă©crivain Ă  suivre pour son imagination et son humour. (T.R. et M.T.D.)