Amère

Lucrèce ANDREAE

« Lorsque l’enfant paraît »… ou la version contemporaine du petit manuel d’éducation idéale ?
C’est ce que l’on croit trouver au début de l’album, mais l’autrice va nous entrainer au fil des pages dans un long récit beaucoup plus complexe. Alternant détermination et découragement, l’autrice raconte sa propre expérience de la grossesse, de la préparation à la maternité, l’accueil de l’enfant et son développement sans perdre de vue en parallèle sa vie personnelle, professionnelle et amoureuse.
Si l’ambition de témoigner d’un vécu difficile est louable, le projet se révèle tellement exhaustif qu’il en devient vite indigeste. Dotée d’une curiosité insatiable autant qu’affligée d’une grande perméabilité aux injonctions sociétales, Lucrèce Andreae nous offre un rapport quotidien de ses états d’âme, notes d’atermoiements si détaillées qu’elles en deviennent gênantes. Etonnamment, son féminisme le plus assumé s’englue dans des croyances de conte de fée  : une dissonance qui mène à cette désillusion cruelle et une colère assez désagréable au lecteur.

Le procédé illustratif, tout petits croquis au feutre de couleurs vives, déroule minutieusement chaque scène, c’est amusant et frais mais au risque de la fatigue visuelle autant que narrative.
Dommage pour un sujet aussi important et si politique !

(BV)