C’est le récit d’une expérience vécue. C’est le pain partagé spontanément, un matin, puis les suivants, rue de Flandre. C’est l’apprentissage de l’hospitalité dans les gestes réciproques de l’accueil, Porte de La Chapelle, dans un espace public où “quelque chose tente d’être sauvé de la question d’habiter dans sa forme humaine”. C’est la parole qui circule des uns aux autres avec des mots nouveaux à apprendre pour s’en saisir ensemble. Mais l’ insupportable succède à l’insupportable, comme un constat d’échec épuisé : Karim, noyé dans l’alcool, Nur dans la Seine. Et puis…
Le titre de ce court manifeste déchirant est une citation de Dante, également reprise par Primo Levi dans La Trêve. La narratrice nous emmène auprès des migrants qui vivent la rue de nos jours à Paris. Le texte est concis, fort, mais surtout déstabilisant voire perturbant. Le parallèle qui est fait avec les camps de la mort est opportun. Ce livre vient à point nommé narrer l’histoire des hommes et des femmes qui depuis la nuit des temps migrent dans l’espoir d’un avenir meilleur, qui de nos jours meurent en route ou échouent en Europe où l’hospitalité ne leur est plus ou peu offerte. Le texte donne à voir ceux qui défient et qui font sentinelles : si ce sont des hommes, pourquoi sont-ils traités de la sorte ? Jane Sautière nous lance son point de vue, comme on lance une bouteille à la mer. (T.R. et I.J.)
