Sigolène Vinson habite Martigues, sur les bords de l’étang de Berre, mal aimé car pollué par les usines et raffineries qui le cernent. Elle lui porte une affection profonde, sensible à la vie qui continue de s’y déployer malgré l’adversité. Sans doute y trouve-t-elle un écho à sa propre situation : rescapée de la tuerie de Charlie Hebdo, elle en est marquée à jamais. Elle s’identifie aussi aux requins, qui la fascinent depuis son enfance à Djibouti. Elle est ravie de découvrir qu’un rocher sur lequel elle a l’habitude de s’installer contient des fossiles de dents de requins, qu’elle entreprend d’extraire.
L’autrice nous invite à un vagabondage intime, naturaliste et scientifique avec comme fils rouges le requin, un être ancien, puissant et vulnérable à la fois, et l’étang de Berre. D’une écriture élégante et précise, elle y déploie souvenirs et sensations, insère des citations, exprime son amour inconditionnel du vivant qui nourrit son émerveillement, l’aide à continuer à vivre en éloignant la tristesse du traumatisme. Elle évoque son activité de conseillère municipale qui l’amène à travailler avec des scientifiques ou des responsables économiques. L’ensemble a pour effet d’élargir le champ d’exploration et de réflexion de ce récit où vie et mort s’entrelacent intimement, s’affrontent et se nourrissent dans une méditation poétique et émouvante. (M.D. et M.G.)
